Fort de son profil d’artiste engagé, Ismaël Maurey est sollicité pour être l’invité d’honneur du salon annuel d’art de Saint-Aubin-Épinay, dans la vallée de l’Aubette (agglomération rouennaise), en novembre 2022. Cet événement à thème environnemental lui permet de présenter sa nouvelle installation, La forêt se meurt, au centre culturel de la commune.
Pendant 10 jours, il expose ses souches d’arbres brûlées et ses toiles sombres, guidant le public dans un parcours initiatique et interactif sur le thème de la nature en danger. Son rôle d’invité d’honneur souligne la reconnaissance locale dont il jouit désormais : il avait marqué les esprits en 2018, et son retour est perçu comme un événement marquant de la vie culturelle communale.
L’artiste profite de cette tribune pour sensibiliser tous les publics, y compris les écoliers qu’il a fait participer au projet, aux enjeux écologiques par l’art. Son engagement est salué par les organisateurs et la presse, qui relèvent qu’Ismaël Maurey « exprime la souffrance de la nature » à travers des « œuvres chocs » délivrant un message viscéral mais porteur d’espoir.
Dans cette installation, Ismaël Maurey poursuit son exploration sensible des territoires forestiers en donnant à voir une forêt suspendue entre disparition et résilience. De grandes masses de bois calciné semblent flotter dans l’espace, comme les vestiges d’un paysage ravagé par le feu, le temps ou les dérèglements climatiques. Face à elles, des fragments de bois aux teintes claires évoquent une mémoire encore vivante, fragile, en attente d’un possible renouveau.
Les dessins accrochés aux murs prolongent cette immersion. Émergeant de fonds obscurs, ils rappellent les silhouettes de souches, de racines ou de reliefs montagneux, brouillant volontairement la frontière entre paysage réel et paysage intérieur. Le dialogue entre le charbon, le bois et le dessin compose une cartographie de la disparition, où chaque matière porte les traces d’une transformation irréversible.
L’installation invite le visiteur à circuler au cœur de cette forêt silencieuse, devenue espace de contemplation autant que d’inquiétude. Les volumes sculptés, arrachés à leur fonction première, prennent une dimension presque organique, comme des corps suspendus entre vie et extinction. La lumière révèle les fissures, les textures et les cicatrices du bois, faisant émerger une beauté brute qui témoigne autant de la destruction que de la capacité de la nature à conserver la mémoire de ses blessures.
Dans la continuité de son travail sur les paysages, les territoires et les phénomènes naturels, Ismaël Maurey interroge ici notre rapport à la forêt contemporaine. Cette œuvre ne se limite pas à représenter une catastrophe écologique : elle propose une expérience sensible où le visiteur est confronté aux conséquences visibles de l’anthropisation, à la disparition des écosystèmes et à la fragilité du vivant. Entre sculpture, installation et dessin, La forêt se meurt devient une méditation sur la mémoire des paysages et sur l’urgence de préserver ce qui demeure.




